Vous avez livré, facturé, et pourtant l’argent ne rentre pas dans les délais. La loi 69-21 donne désormais aux créanciers marocains des droits concrets et automatiques face aux retards de paiement. Encore faut-il savoir les mobiliser efficacement, de la relance amiable jusqu’au contentieux si nécessaire. Voici la marche à suivre.

Un retard de paiement caractérisé dès le lendemain de l’échéance
Le retard est constitué dès que le délai applicable — 60 jours par défaut, jusqu’à 120 jours si le contrat le prévoit, ou jusqu’à 180 jours en cas de dérogation sectorielle — est dépassé sans que le paiement n’ait été reçu. Aucune formalité préalable n’est requise pour que ce retard produise ses effets juridiques : c’est un point important à connaître, car il change la manière dont un créancier peut agir.
Vos droits automatiques dès le dépassement du délai
Contrairement au droit commun, où il faut souvent mettre le débiteur en demeure avant de réclamer des intérêts, la loi 69-21 vous reconnaît un droit automatique à des pénalités de retard, calculées sur la base du taux directeur de Bank Al-Maghrib pour le premier mois, puis à un taux mensuel fixe pour chaque mois supplémentaire. Vous n’avez pas à démontrer un préjudice ni à envoyer de courrier préalable pour que ces pénalités commencent à courir : elles sont dues de plein droit. Le détail du calcul est expliqué dans notre article sur le calcul des pénalités de retard de paiement.
La mise en demeure : une étape stratégique, même si non obligatoire pour les pénalités
Même si elle n’est pas nécessaire pour faire courir les pénalités légales, la mise en demeure reste un outil précieux. Un courrier recommandé avec accusé de réception, rappelant l’échéance dépassée, le montant dû et les pénalités déjà courues, formalise votre demande, sert de preuve en cas de contentieux ultérieur, et incite souvent le débiteur à régulariser sans attendre une procédure plus lourde.
Les voies de recouvrement amiable
- Relance directe : un appel ou un email de rappel, souvent suffisant en cas de simple oubli administratif.
- Mise en demeure formelle : un courrier recommandé fixant un délai précis de régularisation.
- Recouvrement amiable par un tiers : recours à une société de recouvrement ou à votre cabinet comptable pour formaliser les échanges.
- Négociation d’un échéancier : lorsque le débiteur traverse des difficultés réelles, un accord de paiement échelonné peut éviter un contentieux long et coûteux.
Le recours au contentieux
L’injonction de payer
Pour une créance certaine, liquide et exigible — ce qu’est en principe une facture impayée après échéance — l’injonction de payer offre une procédure relativement rapide devant le tribunal compétent, sans nécessiter un procès classique dans les cas simples et non contestés.
L’action en justice classique
Lorsque le débiteur conteste la créance, ou lorsque les montants en jeu sont importants, une action au fond devant le tribunal de commerce reste la voie de droit commun. Elle permet de réclamer à la fois le principal, les pénalités de retard courues depuis l’échéance, et le cas échéant des dommages et intérêts complémentaires.
Constituer votre dossier avant d’agir
Qu’il s’agisse d’une relance amiable ou d’une procédure judiciaire, la solidité de votre dossier conditionne la rapidité et l’issue de votre démarche. Avant d’engager toute action, réunissez systématiquement :
- La facture émise, avec sa date d’émission et le délai de paiement applicable.
- Le contrat ou bon de commande, s’il fixe un délai contractuel spécifique.
- La preuve de livraison ou d’exécution de la prestation, indispensable pour établir que la créance est bien due.
- L’historique des relances déjà envoyées, emails et courriers, avec leurs dates.
- Le calcul détaillé des pénalités de retard courues depuis l’échéance.
Un dossier complet et daté avec précision facilite non seulement la négociation amiable, mais aussi le passage devant le tribunal si le litige devait s’y retrouver.
Le rôle de la déclaration SIMPL dans votre stratégie
Au-delà de la relation directe avec votre débiteur, n’oubliez pas que ces factures réglées en retard doivent également apparaître dans votre déclaration trimestrielle SIMPL. Documenter précisément chaque retard — dates, montants, pénalités calculées — sert donc un double objectif : appuyer votre démarche de recouvrement et respecter vos propres obligations déclaratives.
Prévenir plutôt que guérir : suivre pour agir plus vite
Le meilleur moyen de faire valoir vos droits reste d’agir tôt. Plus un retard est détecté rapidement, plus la relance amiable a de chances d’aboutir sans recours au contentieux. Un agent IA comptable qui surveille en continu vos échéances clients et déclenche des relances automatiques dès le premier jour de retard vous permet de réagir immédiatement, plutôt que de découvrir un impayé plusieurs semaines après l’échéance.
Conclusion : des droits solides, à condition de les mobiliser
La loi 69-21 place le créancier dans une position plus favorable qu’auparavant : pénalités automatiques, plafonds clairs, obligations déclaratives qui incitent les débiteurs à la discipline. Mais ces droits doivent être exercés activement — par un suivi rigoureux, des relances rapides, et si nécessaire un recours au contentieux — pour produire leur plein effet.
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