Depuis l’entrée en vigueur de la loi 69-21, tout retard de paiement entre entreprises déclenche automatiquement des pénalités, sans qu’une mise en demeure préalable soit nécessaire. Mais concrètement, comment ce montant est-il calculé ? Ce guide détaille la méthode de calcul officielle, étape par étape, avec un exemple chiffré complet. Pour comprendre le cadre légal général, consultez notre guide complet de la loi 69-21.

Le principe des pénalités de retard
Contrairement au droit commun des contrats, où un créancier doit souvent adresser une mise en demeure avant de pouvoir réclamer des intérêts de retard, la loi 69-21 prévoit un mécanisme automatique. Dès que le délai de paiement — légal (60 jours), contractuel (jusqu’à 120 jours) ou dérogatoire (jusqu’à 180 jours) — est dépassé, des intérêts de retard commencent à courir de plein droit, calculés sur la base du taux directeur de Bank Al-Maghrib.
La méthode de calcul, étape par étape
Étape 1 — Déterminer la date d’échéance de référence
Tout part de la date d’échéance applicable : celle prévue au contrat si elle respecte les plafonds légaux (120 jours, ou 180 jours en cas de dérogation sectorielle), ou à défaut le délai légal de 60 jours à compter de la date d’émission de la facture.
Étape 2 — Compter les mois de retard
Le retard se compte en mois à partir du jour suivant l’échéance. Chaque mois entamé, même partiellement, compte comme un mois complet pour l’application du taux mensuel des mois suivants.
Étape 3 — Appliquer le bon taux à chaque période
- Premier mois de retard : le taux applicable est le taux directeur de Bank Al-Maghrib, actuellement autour de 3 %.
- Mois supplémentaires (ou fraction de mois) : un taux fixe s’applique pour chaque mois additionnel — 0,85 % par mois jusqu’en 2025, porté à 2,25 % par mois à partir de 2026.
Le taux total de pénalité correspond donc à la somme du taux du premier mois et du taux mensuel applicable multiplié par le nombre de mois supplémentaires, appliquée au montant TTC de la facture concernée.
Exemple chiffré complet
Prenons le cas d’une PME qui émet une facture le 1er février 2026, d’un montant de 200 000 DH TTC, sans délai de paiement convenu contractuellement. C’est donc le délai légal de 60 jours qui s’applique, fixant l’échéance au 2 avril 2026. Le client règle finalement la facture le 25 juillet 2026.
- Retard constaté : du 3 avril au 25 juillet 2026, soit environ 114 jours, arrondis à 4 mois de retard (chaque mois entamé comptant comme un mois complet).
- Pénalité du 1er mois : taux directeur BAM ≈ 3 % → 200 000 × 3 % = 6 000 DH.
- Pénalité des 3 mois supplémentaires : 3 × 2,25 % (taux 2026) = 6,75 % → 200 000 × 6,75 % = 13 500 DH.
- Taux global de pénalité : 3 % + 6,75 % = 9,75 %.
- Montant total des pénalités dues : 6 000 + 13 500 = 19 500 DH, à ajouter au montant initial de la facture, sans qu’aucune mise en demeure n’ait été nécessaire.
Ce montant de 19 500 DH représente près de 10 % de la valeur de la facture initiale — un rappel concret de l’intérêt, pour le client comme pour le fournisseur, de respecter les délais convenus.
Cas particuliers à connaître
Si le contrat prévoyait un délai de 150 jours par exemple, cette clause serait réputée non écrite car elle dépasse le plafond de 120 jours (hors dérogation sectorielle) : c’est alors le délai légal de 60 jours qui doit servir de base au calcul du retard, et non la date contractuelle initialement prévue. À l’inverse, pour les secteurs bénéficiant d’une dérogation portant le délai à 180 jours, le calcul du retard ne démarre qu’à l’issue de ce délai dérogatoire.
Qui calcule la pénalité, et comment la comptabiliser ?
Dans la pratique, c’est le créancier — celui qui attend le règlement — qui calcule et réclame la pénalité de retard, généralement via une facture complémentaire ou une note de débit adressée au client défaillant. Côté comptabilité, cette pénalité constitue un produit financier pour le créancier et une charge financière pour le débiteur, à enregistrer sur l’exercice au cours duquel elle est constatée. Pour un cabinet comptable qui gère plusieurs dossiers clients, cela suppose de suivre, facture par facture, la date d’échéance réelle et la date de règlement effective, afin de ne pas oublier de comptabiliser une pénalité pourtant due de plein droit.
Cette rigueur de suivi a aussi un impact direct sur la trésorerie de l’entreprise, car chaque jour de retard non détecté est un jour de pénalité non réclamée. Nous détaillons cet enjeu dans notre article sur l’impact des délais de paiement sur la trésorerie des PME.
Automatiser le calcul pour éviter les erreurs
Calculer manuellement ces pénalités, facture par facture, expose à des erreurs d’arrondi de mois ou de taux applicable, en particulier lors des changements de barème comme celui de 2026. Un outil de pré-comptabilité connecté à votre rapprochement bancaire automatique peut détecter la date réelle de paiement, calculer automatiquement le retard et le montant des pénalités, et alimenter directement votre déclaration trimestrielle SIMPL.
Conclusion : un calcul rigoureux, mais automatisable
Le calcul des pénalités de retard selon la loi 69-21 suit une méthode précise mais technique, combinant taux directeur de Bank Al-Maghrib et taux mensuel fixe. Maîtriser cette méthode permet aux créanciers de faire valoir leurs droits avec exactitude, et aux débiteurs d’anticiper le coût réel d’un paiement tardif.
Experio vous accompagne avec une solution de pré-comptabilité augmentée par l’intelligence artificielle qui automatise le suivi de vos délais de paiement, vos relances clients et votre conformité à la loi 69-21. Demandez une démonstration gratuite.